22/07/2010

A La Nouvelle-Orléans, après trois mois de marée noire

Publié le 16 juillet 2010 par Emanuele Bompan pour Visions cartographiques

Image : Mecanoblog

La marée noire a disparu. « Elle va revenir, elle attend là, à l’horizon » nous dit Tom, un fonctionnaire du service de la Louisiane pour la pêche et la nature. La plage de Grande Ile, au sud de l’Etat, a été le premier paradis naturel touché par la marée noire à la suite de l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon, le 20 avril 2010, dans le Golfe du Mexique au large de La Nouvelle-Orléans. A la mi-juillet 2010, la plage n’était visiblement pas souillée : mais ce n’est qu’un sursis…

Les nouvelles des opérations de réparation sont pourtant bonnes : le dôme de confinement posé le 15 juillet par 1 500 mètres de fond a permis, selon BP, de colmater la fuite qui, depuis trois mois, a répandu des dizaines de millions de litres de pétrole brut dans le Golfe. « On est dans la bonne direction », avance un technicien de BP, sur l’héliport d’où il doit décoller vers la zone des opérations. Sans pour autant crier victoire, les responsables de la compagnie considèrent que l’opération « Top Hat 10 » a permis de stopper la quasi-totalité du flux de pétrole vers la surface.

Mais, à l’instar d’un cancer qui commence à se développer, les effets de la catastrophe ne se voient pas immédiatement. « La situation économique est potentiellement dévastatrice, explique Chad Lauga, responsable du syndicat Ibew pour la Louisiane. Des milliers d’emplois vont disparaître dans les secteurs de la pêche et du pétrole. A l’heure actuelle, les pêcheurs au chômage sont embauchés par BP comme sous-traitants pour le nettoyage, mais ce travail, en plus d’être dangereux, est temporaire et précaire : car il n’y aura pas toujours du boulot pour nettoyer la côte. » La zone la plus poissonneuse des Etats-Unis, mais aussi les crabes et les huîtres risquent fort de n’être plus qu’un souvenir. Diluées dans la mer par le déversement de millions de litres de dispersants chimiques toxiques, les cellules cancéreuses de pétrole brut s’accumuleront dans une zone déjà affectée depuis longtemps par l’industrie pétrolière et chimique.

La seule marée noire visible aujourd’hui au long des côtes de Louisiane, c’est la foule des résidents assis devant leurs embarcations, faisant la queue devant les bureaux d’information de BP pour déposer une demande de dédommagement, tourmentés par une terrible sensation d’impuissance. « C’est pire que Katrina, commente Whitey, un Indien de la tribu locale Houma. Cette fois, nous n’aurons même pas la possibilité de nous relever. » Le Golfe n’est pas abandonné à lui-même, tant s’en faut, mais les opérations de sauvetage sont loin d’être à la hauteur de l’importance du désastre. Il se pourrait qu’il soit déjà trop tard pour le Golfe du Mexique et les habitants de la côte, qui portent aujourd’hui tous les symptômes d’un malade en phase terminale.

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Trois mois de marée noire dans le Golfe du Mexique
Carte de Nieves Lopez Izquierdo et Marianna Pino
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* Emanuele Bompan est journaliste.

http://blog.mondediplo.net/2010-07-16-A-La-Nouvelle-Orleans-apres-trois-mois-de-maree

21/07/2010

"Serve the people" : la face cachée des Black Panthers

Publié le 20 juillet 2010 par Lémi pour Article XI
Autour du livre de Tom Van Eersel, "Panthères Noires", éditions l’échappée, 2007

Ont-elles fait fantasmer, ces panthères noires… Avec leur apparat guerrier et leur rhétorique incendiaire, les Black Panthers ont nourri l’imaginaire insurrectionnel d’images en pagaille : fusils d’assaut rutilants, bérets et fringues flashy. Mythe aidant, on en oublierait presque l’essentiel : les panthères avaient peut-être le doigt sur la gâchette, mais aussi les mains dans le cambouis social.

Ça ne rate jamais. Convoque les Black Panthers dans la discussion, et tu auras toujours droit à la même rengaine : les fusils maousses exhibés dans les rues, les coiffures afro qui en jettent, les bérets, la violence désespérée, la guérilla de l’intérieur, les yeux furieux d’Angela Davis, la tchatche d’Eldridge Cleaver… Images accrocheuses. Mais qui ne rendent pas justice à la complexité d’une lutte qui était loin de se réduire au bagout, à l’étalage de quincaillerie et aux canardages sanglants. C’est vrai, le Black Panther Party (BPP) a beaucoup joué de la chose pour recruter et il a aussi réellement versé dans la lutte armée. Mais ramener l’action des panthères à cela, uniquement cela, revient à clapoter dans le mythe et l’image médiatique (de celle que le FBI se plaisait à colporter pour les discréditer). C’est surtout oublier tout un pan de l’histoire des Black Panthers : leurs programmes sociaux et leur enracinement dans la vie urbaine des plus démunis.

Say it loud!

D’abord, un peu d’histoire, en accéléré. Octobre 1966 : Huey P. Newton et Bobby Seale, déçus de la lutte pour les droits civiques, rédigent le programme de revendication en dix points du Black Panther Party for Self-Defense, coup de butoir violent et pragmatique. Fini le temps des atermoiements, des discussions avec le pouvoir : l’heure est à l’action, pour renverser la vapeur de l’oppression blanche. By any means necessary.
Cette radicalisation n’est pas fruit du hasard, mais traduit la déception de la population noire face aux promesses non tenues et à l’enlisement des combats des années 1950. Ce qui semblait victoires (17 octobre 1954 : la Cour suprême rend la ségrégation scolaire illégale par l’arrêt "Brown Vs. Bureau de l’éducation" ; le train du changement semble lancé) n’a pas vraiment été suivi d’effets. Pire, la répression s’est intensifiée. En 1965, Malcolm X est assassiné (suivi, trois ans plus tard, par un Martin Luther King qui commençait, lui aussi, à se radicaliser), et les États-Unis s’enlisent au Vietnam, soldats noirs en première ligne. Le rêve des droits civiques, d’une amélioration basée sur une charpente légale, s’éloigne peu à peu, d’autant que la ségrégation économique est plus forte que jamais. Tableau noir. C’est sur ce terreau qu’émerge le Black Panther Party, qui ne s’embarrasse plus de précautions oratoires : il est temps d’en finir avec le "terrorisme culturel", de retrouver une fierté dans la lutte et dans l’affirmation de racines trop longtemps oubliées. I’m Black and i’m proud (Say it Loud ! [1]), comme le chantera James Brown en 1968.
Les deux fondateurs du BBP ont lu Frantz Fanon (notamment Les Damnés de la terre, 1961) et en ont tiré une certitude radicale : la lutte afro-américaine, partie intégrante du combat anti-impérialiste, est une lutte pour l’indépendance d’un peuple. Les Noirs américains sont colonisés, de l’intérieur, il est temps de renverser l’oppresseur. Changement de braquet. Puisque les combats d’antan n’ont débouché sur rien, puisque l’oppression reste toujours aussi brutale, il faut désormais rugir, ouvrir la cage. Huey P. Newton : « Si tu pousses la panthère noire dans un coin, elle va tenter de fuir en passant par la gauche. Su tu la coinces là, elle va vouloir s’échapper par la droite. Et si tu continues à l’oppresser et à la pousser dans ce retranchement, tôt ou tard, cette panthère va sortir de là et va décimer quiconque l’oppressera [2] ».

Sous les fusils, l'ancrage social

Si la postérité a retenu les flingues, les machinations du FBI (notamment via le programme COINTELPRO, modèle de contre-espionnage fourbe et de manipulation tous azimuts) et les assassinats de militants (ainsi de Fred Hampton, liquidé dans son sommeil après que son garde du corps - un infiltré - l’ait assommé de somnifères [3]), l’histoire, cette grande catin, a fait l’impasse sur un point essentiel : si les panthères ont sorti les flingues, c’était pour se défendre, pas pour attaquer. Basiquement : « si tu me tires dessus, je te tire dessus. »

En 1966, les Panthers commencent ainsi à patrouiller armés dans les rues d’Oakland, surveillant le travail d’une police réputée avoir le flingue facile dès lors qu’elle est confrontée à des Noirs. Munis de leurs manuels de droit et de leurs guns (jolie alliance), ils épient les flics, les suivent à la trace, restant toujours dans la voie légale (rappelons qu’à l’époque, il n’y avait en Californie rien d’illégal à arborer des fusils d’assaut en pleine rue). Présence massive, impressionnante & symbolique (« Avec les panthères, le méchant nègre du cauchemar de l’Amérique blanche a pris vie. » Newsweek, février 1970). Logiquement, les Panthers se font rapidement une réputation dans les quartiers pauvres, Robins des bois post-modernes. C’est eux qu’on appelle dès que la police fait une descente, qu’on consulte pour des conseils juridiques. Une guérilla ? Peut-être. Mais d’abord une guérilla sociale. Un militant de l’époque résume la chose : « Huey et Bobby ne sortaient pas dans la rue pour déconner avec la police ; ils y allaient pour dire : "Non, vous n’avez pas le droit de faire ça." »

Dans la tête des principaux dirigeants panthers, si la lutte armée est une partie de la solution, elle ne peut se concevoir sans une action sociale et culturelle de longue haleine. Pour se donner les chances d’une révolution sans courir au suicide, il faut d’abord servir son peuple, construire l’unité. Serve the people, slogan récurrent.
Le plus connu des programmes sociaux du BPP est lancé en 1968, dans la baie de San Francisco, avant d’essaimer dans le pays : Free Breakfast for Children. Le principe est simple : dans plus de 50 villes américaines, des petits déjeuners sont distribués aux enfants des quartiers pauvres avant qu’ils ne partent à l’école.
De nombreuses actions de ce type sont lancées, certaines très ambitieuses. Tom Van Eersel : « En matière de santé également, le BPP s’active, mettant en place trois projets nationaux : des cliniques gratuites, des programmes de détection de la tuberculose, de l’anémie, et un service d’ambulances. […] La première clinique voit le jour à Kansas City en août 1969. » Il est ainsi peu de domaines de la vie quotidienne des populations défavorisées, de l’éducation à la rénovation de logements en passant par des services gratuits de bus pour les visites en prison, sur lesquels le BPP n’a pas tenté de peser. Une démarche de fond, s’inscrivant sur le long terme, pour rassembler les populations noires dans la construction d’un devenir collectif qui ne soit pas que misère et désillusion. Projet grandiose. Trop beau pour durer.

Implosion d'une lutte


[4]

Né en 1966, le BPP conquiert de manière fulgurante son importance dans le jeu politique et social, surtout au cœur des quartiers pauvres. Las, il dégringole presque aussi rapidement. Pour toute une série de facteurs. Dont la répression (d’une extrême férocité/perversité) lancée par le FBI de J. Egar Hoover, laquelle ne tarde pas à porter ses fruits : alors que des militants sont assassinés à un rythme soutenu (27 entre 1968 et 1976), la paranoïa grandit dans le parti, chacun soupçonnant l’autre d’être un infiltré. C’est là œuvre du COINTELPRO, gigantesque machine conçue pour désintégrer les structures d’un parti très hiérarchisé et salement organisé. Le bel édifice s’effondre rapidement dès lors que le soupçon (qui est un provocateur ?) se met de la partie. Des militants intègres, comme Stokely Carmichael, sont virés avec perte et fracas, d’autres sont abattus par leurs frères d’armes parce que soupçonnés de trahison. Ambiance.
Vers 1971 le parti se divise en deux. D’un côté, ceux qui restent fidèles au fondateur Huey P. Newton (qui sombre peu à peu dans la drogue, crack en bandoulière), moins va-t-en-guerre que certains de ses lieutenants. De l’autre, les ralliés à Eldridge Cleaver, fou furieux aussi fédérateur qu’inconscient voulant rendre coup pour coup, engager le combat final, esbroufe über alles. Dans un article datant du 1er juin 1971 [5], intitulé "Longue Vie au Black Panther Party", le rainbow babos John Sinclair, fondateur du White Panther Party, résume parfaitement la situation :

« Les partisans de la révolution immédiate se sont ralliés à Eldridge Cleaver. Ils estiment que la première mission des révolutionnaires de ce pays est de descendre dans la rue pour lancer la lutte armée contre l’oppresseur. Il leur importe peu que les masses populaires ne soient pas encore enclines à participer à une forme de lutte si radicale, ni même à la supporter, parce qu’ils assimilent tous ceux qui ne sont pas prêts à rejoindre la lutte armée à des contre-révolutionnaires et les considèrent comme des ennemis.
À l’inverse, les partisans de la lutte sur le long terme estiment que la révolution ne peut advenir qu’avec l’appui des masses, une fois que les gens se rassemblent et passent à l’action de manière organisée, sur une large période de temps. Pour eux, la lutte doit s’adapter au niveau de conscience des gens et à leur degré d’implication, variables selon l’époque et le lieu. Ils sont convaincus que lancer une lutte armée contre la puissance militaire de l’empire amérikain sans la participation des masses est aussi suicidaire que nuisible aux intérêts du peuple.
»

Une ligne de fracture jamais résorbée : le mal est fait, les rancœurs entérinées, l’organisation à la renverse. Si des fractions comme la BLA - Black Liberation Army - continuèrent à sévir pendant quelques temps, si le BPP existe officiellement jusque dans les années 1980, et si certains militants (à l’instar de la grande Angela Davis) ne lâchent pas le combat, l’ensemble ne possède plus ce caractère fédérateur, cette immersion dans la vie des quartiers. Soufflé retombé.
Surtout : l’histoire officielle n’a retenu qu’un pan des Black Panthers, pas inintéressant en soi, mais mensonger dans sa présentation : la lutte armée. Si les armes étaient de mises, elles étaient indissociables du travail social de longue haleine enclenché par les panthères. Mais voilà, comme l’a écrit Jonina Aubron, ancienne directrice du journal des panthères dans un essai sur les programmes sociaux du BPP : « Malheureusement, ces activités n’avaient pas le "sensationnalisme" des fusillades entre la police et les panthères [...], et les médias institutionnels et les historiens n’ont pas traité le BPP dans sa totalité. » Où comment transformer a posteriori un mouvement populaire aux multiples ramifications en croisade sanglante menée par quelques illuminés intégristes...


Notes

[1] Clame-le !

[2] Cité par Tom Van Eersel, dans le (plutôt court mais joliment synthétique) essai qu’il a consacrée au mouvement : Panthères noires (éditions l’Echappée, 2006). Nombre d’éléments de l’article proviennent de ce livre.

[3] Rappelons que la répression qui a frappé le BPP reste d’actualité et que certains militants croupissent encore en prison, pour des motifs souvent fumeux. Ainsi de Mummia Abu Jamal, ancien Black Panther accusé de meurtre et en attente d’exécution dans les couloirs de la mort après un procès ubuesque.

[4] Façade d’un local du BPP à Oakland après une attaque de la police. Sur les photographies on reconnait Huey P. Newton (à gauche, dans le fauteuil-trône) et Eldridge Cleaver.

[5] Inédit en français.

http://www.article11.info/spip/spip.php?article871

21/07/2010

Chine: le prolétariat en révolte contre « sa » dictature ?

21/07/2010

Chine : série de grèves victorieuses - Analyse

Publié le 7 juillet 2010 par Arte TV

Un nouveau tournant pour l'atelier du monde ?
(par Benoît Guivellic pour ARTE Journal, en partenariat avec Aujourd'hui la Chine)

Suicides sur les sites de production, grèves à répétition... Depuis quelques temps, une vague de protestation secoue les bassins industriels de l'atelier du monde. Souvent victorieux, ces mouvements ont même amené les entreprises à réagir en concédant des augmentations de salaires. Quant aux gouvernements locaux, ils ont fini par prendre des mesures pour protéger les travailleurs. "L'atelier du monde" serait-il en train de changer ? Tout semble commencer en janvier 2010. Avec la relance des exportations apparue fin 2009, les provinces industrielles côtières ont soudain découvert un manque de main d'œuvre. En effet, suite au développement des provinces reculées du pays, les travailleurs qui venaient habituellement de loin pour peupler les usines ont trouvé du travail près de chez eux et ont donc préféré y rester. Sur le marché du travail, la balance entre l'offre et la demande s'est donc soudain révélée favorable aux ouvriers non qualifiés. Du coup, les usines et les gouvernements locaux du sud et de l'est de la Chine ont été contraintes -pour rester attractives- de leur concéder toutes sortes d'avantages, y compris des augmentations de salaires.

La Chine bouge, les éléments déclencheurs
Pour le sinologue Jean-Phillippe Béja, "cette carence conjoncturelle s'inscrit dans une tendance structurelle de réduction de la croissance démographique. On compte qu'à partir de 2015, la population active commencera à décroître, et notamment le nombre des 15-24 ans qui constituent l'essentiel de la main d'œuvre employée dans les usines produisant pour l'exportation. La main d'œuvre restera naturellement abondante mais on peut penser que cette réduction relative permettra aux travailleurs d'obtenir des améliorations tant au niveau des conditions de travail que des rémunérations.

L'autre raison qui peut être avancée pour expliquer l'émergence de ces conflits sociaux est une certaine évolution dans la mentalité et les aspirations des jeunes travailleurs. Nés après les réformes d'ouverture, ils ne sont plus prêts à accepter l'exploitation que subissaient leurs parents. De plus, avec le développement des technologies de communication, ils sont beaucoup mieux informés qu'avant et prennent conscience de la précarité de leur situation, mais aussi de leur force... "La nouvelle génération de travailleurs est moins disposée à se contenter d'un travail mal payé et une vie ennuyeuse", confirmait récemment Lai Desheng, professeur en économie du travail à l'université normale de Beijing au "Christian science monitor". Enfin, les travailleurs sont également aidés par l'amélioration de la qualité des produits fabriqués dans les usines, comme l'explique Jim Leininger, employé d'une entreprise de ressources humaines. Pour lui, "la tendance à la haute qualité et la productivité nécessite des travailleurs plus qualifiés et ces derniers peuvent donc réclamer des salaires plus élevés".

Des grèves très encadrées
Depuis 2008, la Chine dispose d'un nouveau code du travail, plus favorable aux travailleurs. Si il n'autorise pas le droit de grève ou la liberté de se syndiquer, ce texte apporte tout de même des avancées, la plus significative étant l'obligation de régir les relations de travail par un contrat écrit. "Cela permet aux travailleurs d'être protégés par un cadre légal, et de pouvoir prouver la relation qui les lie avec leur patron en cas d'accident ou de conflit", explique Li Hua, avocate spécialisée en droit du travail pour le cabinet Gide. Mais malgré l'obligation, de nombreuses entreprises ne signent pas de contrat" . "Les travailleurs peu éduqués venus des régions pauvres ne connaissent pas leurs droits", poursuit Li Hua. "Et puis, il hésitent avant de se lancer dans une procédure pénale et préfèrent régler le conflit à l'amiable ou tout simplement endurer, car ils craignent qu'après cela ils ne puissent pas retrouver du travail. Pourtant, quand des cas sont portés devant la justice, ce sont la plupart du temps les employés qui les gagnent!"
Quant aux grèves, elles se déroulent en fait dans un cadre légal flou, comme l'explique l'avocate. "Le droit de grève a été enlevé de la constitution en 1982, raconte t-elle. Mais il n'a pas été remplacé par une interdiction. Il y a donc un vide juridique et pour moi, quand quelque chose n'est pas interdit, c'est qu'il est autorisé".

Une question de vocabulaire
Pourtant, dans les usines, ce flou juridique n'a pas empêché les grévistes de prendre des précautions. C'est pourquoi les ouvriers ont souvent appelé leurs collègues à des "promenades" au lieu de parler directement de grève. "Nous n'appelons pas ça une grève. Nous disons juste que nous avons arrêté le travail", expliquait récemment un dénommé Zhang à un journaliste du Guardian, sur le site de Honda à Zhongshan. Les leaders, eux, sont souvent demeurés discrets, voire anonymes. Ils savaient en effet les risques qu'ils prenaient, face au gouvernement et à leurs patrons bien sûr, mais également face au syndicat unique, émanation directe du Parti Communiste dans les entreprises, plus enclin à organiser des compétition sportives et des sorties qu'à défendre les intérêts des travailleurs. Dans les quelques 27 grèves qui ont eu lieu ces derniers temps, plusieurs cas d'agression physique des membres du syndicat contre des grévistes ont été constatés. Illustration de ces tensions dans les entreprises touchées par des mouvements sociaux : la prudence et la modération des grévistes... Pour éviter toute confrontation directe, les ouvriers utilisent des slogans modérés, appelant par exemple plutôt à la "reconstruction" des syndicats qu'à la création de syndicats autonomes.

La fin du "made in China" ?
Largement commentées par les médias internationaux, les conséquences de ces mouvements sociaux sont en partie imprévisibles, mais elles risquent d'être multiples. D'abord, la situation, qui s'est déjà améliorée pour la plupart des grévistes, semble pour l'instant annoncer d'autres conflits. Car selon certains observateurs, ces événements ont fait prendre conscience aux ouvriers chinois de leur pouvoir comme de leur condition de classe. La perspective d'autres mouvements similaires est donc envisageable. "Je pense qu'il y aura de plus en plus de grèves, estime Liu Kaiming, de l'Institut d'Observation Contemporaine. Les travailleurs se préoccupent maintenant de leurs droits et de leurs revenus. Ils ont commencé à comprendre que leur pauvreté économique est liée à leur faiblesse politique."

Quels changements pour les entreprises étrangères ?
La question qui se pose également est celle de l'avenir des entreprises étrangères en Chine, et du fameux statut "d'atelier du monde" attribué depuis quelques années à l'empire du milieu. L'augmentation des salaires minimum et des droits des travailleurs chinois va t-elle pousser les entreprises à délocaliser vers des pays moins coûteux ? Pour Laurent David, patron de l'entreprise Easybox qui produit des écrins pour de grandes marques dans la banlieue de Canton, cela est envisageable. "Cette augmentation du SMIC chinois a été très soudaine, raconte t-il. Ça a eu une conséquence importante, c'est que nos prix de revient ont augmenté fortement alors que nos coûts de vente n'ont pas bougé, donc forcément c'est la marge qui a fondu. Un certain nombre d'entreprises et d'entrepreneurs se posent aujourd'hui la question de s'implanter ailleurs, soit dans le centre ou le long de la côte ou les salaires vont être plus faibles ou même à quitter la Chine", explique t-il. (Voir le reportage sur Aujourdhui la Chine.com : "Grèves, suicides : colère dans l'atelier du monde")L'époque où les entreprises des pays riches pouvaient conserver des prix de vente bas et des marges élevées est donc effectivement remise en cause par les événements récents. Cependant, si certaines entreprises tablent déjà sur des pays à la main d'oeuvre moins coûteuse comme le Vietnam, il est peu probable que ce phénomène se généralise, et ce pour plusieurs raisons. D'abord, délocaliser a un coût et l'adaptation à un nouveau pays peut être longue et difficile. D'autant que beaucoup d'entreprises sont présentes dans les bassins industriels chinois depuis assez longtemps pour avoir constitué entre elles et avec les entreprises chinoises des réseaux qu'elles mettraient du temps à re-créer ailleurs. Enfin, l'immense marché chinois représente pour beaucoup d'entre elles une cible privilégiée. Dans ces conditions, il ne semble pas évident de s'en aller produire ailleurs.

La position du pouvoir
Et le gouvernement dans tout ça? Pour le Parti communiste, ces mouvements représentent sans aucun doute une préoccupation majeure. En témoignent les augmentations des salaires minimum dans plusieurs régions, parfois de plus de 20% : il s'agit manifestement d'une volonté très claire d'éteindre vite tous les foyers d'incendie sociaux. Ces derniers temps, on a également vu bon nombre de cadres hauts placé au Parti s'exprimer sur la question, en insistant sur leur solidarité avec les travailleurs et sur la nécessité de réduire les inégalités. Lors du récent forum national sur les relations du travail, des membres du gouvernement avaient appelé à la généralisation du "travail décent" afin de préserver la paix sociale. Plus récemment, le premier ministre Wen Jiabao a demandé aux Chinois de "traiter les jeunes travailleurs migrants comme leurs propres enfants" et de "respecter la contribution des travailleurs migrants à l'enrichissement du pays et à la construction de gratte-ciel dans nos villes". (Lire l'article : "Le Made in China à un tournant crucial") Pourtant, malgré cette multiplication de belles paroles, force est de constater que rien ou presque n'est fait par les autorités pour soulager les "laissés pour compte de la croissance". L'attitude des membres du syndicat officiel démontre bien la volonté du pouvoir de contenir les grèves, de même que l'ordre gouvernemental donné aux médias de ne pas trop couvrir ces événements afin d'éviter leur propagation.En outre, la création d'une sécurité sociale pour tous les ouvriers, promise de longue date, ne semble toujours pas au goût du jour, de même que la suppression du système de passeport intérieur (Hukou), vecteur de nombreuses inégalités.

Le soutien des universitaires aux travailleurs
Mais en dépit de cette apparente immobilité, des voix commencent a s'élever pour changer la situation plus rapidement que ce que le gouvernement fait actuellement. Plus pour préserver une certaine stabilité sociale que de bon cœur. Ainsi par exemple, dix universitaires ont-ils co-signé un appel à "en finir avec un modèle de développement sacrifiant la dignité des gens". Interviewée par l'AFP le 3 juin 2010, une des co-signataires de cet appel, Guo Yuhua, a affirmé que "la Chine doit changer son mode de développement actuel où domine un faible niveau de droits de l'homme". Ce qui est nouveau, c'est que ces préoccupations peuvent s'exprimer et qu'elles rejoignent ainsi des luttes menées au cœur des entreprises elles mêmes ... A petite échelle, certes, au regarde de l'énorme masse d'entreprises où des millions d'ouvriers continuent en silence à ne pas gagner leur vie : mais manifestement les choses changent, dans le monde du travail chinois. Tout le problème est de savoir combien de temps le gouvernement composera avec cette nouvelle génération de travailleurs, prêts à en découdre pour ne plus être exploités comme leurs parents, mais qui remettent en cause des équilibres économique qui ont jusqu'ici largement profité au Parti et à ses amis ...

ARTE Journal -7 juillet 2010 Benoît Guivellic Aujourd'hui la Chine)

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/arte-journal/NAV__doss__chine/3312644.html

21/07/2010

La compréhension active en lieu et place de l’irritation réactive

Publié le 19 juillet 2010 par Un autre assoiffé sur Non-fides.fr
[Extrait de Guerre au Paradis N°1, journal anarchiste, téléchargeable ici.]

« Mettez la compréhension active en lieu et place de l’irritation réactive, et vous dominerez les choses. »
Franz Kafka

On entend de plus en plus, ici et là, des critiques s’élever contre toute tentative d’analyse et de théorie antiautoritaire de la société de domination. Parmi ces critiques, souvent, on y trouve la tentation du discrédit de tout ce qui voudrait prendre du recul plutôt que de foncer tête bèche dans ce qui nous opprime. La théorie ne serait bonne, selon ses critiques, qu’à se couper les cheveux en quatre, elle serait une occupation académique, « inutile ».

La tendance qui pousse beaucoup d’entre nous au rejet d’un recul pourtant nécessaire sur nos pratiques et notre pensée, est très certainement liée à un appauvrissement global du mouvement radical. La slogantisation de la pensée anarchiste semble en effet, lorsqu’elle est conjuguée à la mise à sac de toute projectualité révolutionnaire, faire plus de mal qu’il n’y parait.

Je me souviens encore, et je ne suis certainement pas le seul, de cette période de ma vie où plus exalté que jamais, je cherchais désespérément des rendez-vous sur les divers « agendas militants » du net pour y trouver manifs, bastons, blocages, émeutes, occupations. Je tenais alors un petit carnet dans lequel je notais soigneusement les prochains rencards, que je consultais quasiment tout les matins dans l’espérance de voir ma journée bien remplie ; pouvoir rentrer chaque soir retourner à ma misère, mais avec le sentiment militant du devoir accomplit. J’étais quasiment dans tout ce qui pouvait se faire de « radical », pour la baston d’abord, peut être aussi pour la socialisation.

Ma pensée se résumait alors à deux trois poncifs que je pouvais ressortir à toutes les sauces, selon mon interlocuteur. Lorsque je me sentais dépassé, ou que l’on mettait en évidence mes contradictions, je me contentais d’insulter, de discréditer les auteurs de ces critiques en les traitant d’intellos, un sûr moyen de ne pas se livrer à l’autocritique et de continuer à foncer la tête dans le guidon sans aucun recul réflexif. Au final, je ne cherchais même plus à comprendre, ni même à savoir dans quelle direction j’allais, quel était le sens de mon activité.

On commence à se faire des copains/ines, à prendre son pied dans l’affrontement –même superficiel-, à multiplier les récits d’anciens combattants et les anecdotes croustillantes sur la couleur du sang des flics. Après tout, je ne sais pas aujourd’hui ce qui différenciait mon intégration à ce petit milieu de celle que peuvent ressentir les membres de n’importe quelle scène culturelle, ou contre-culturelle. L’impression d’être là ou les choses se passent, au fond, qui n’en ressent pas le besoin ? Questionner la pertinence des terrains de l’affrontement ou de la forme sans fond est une autre paire de manche…

Cette période ci de ma vie, je ne peux l’analyser que comme étant une période d’activisme, ou plutôt, de réactivisme. Être là où l’ennemi vient de frapper, réagir à la répression, courir après les rendez-vous qui me sont imposés par l’agenda des puissants, ne même plus se poser la question de savoir si ce pourquoi je lutte est bien en cohérence avec ce que je souhaite voir advenir, pire, ne plus rien vouloir voir advenir d’autre que la perpétuation de ce cycle répétitif. Ionesco disait que « lorsque l’on caresse un cercle il devient vicieux », c’est de ce vice circulaire dont je n’ai depuis, jamais cessé de m’éloigner en essayant d’ajouter à mes pratiques, l’analyse qu’elles nécessitent. Il faut essayer de tendre vers la situation où nos pratiques se rapprochent au fur et à mesure de notre évolution, vers une adéquation harmonieuse entre nos désirs et nos perspectives.
C’est bien à cela que servent l’analyse et la théorie, à la mise en adéquation de nos perspectives et de nos pratiques, de notre révolte et de notre projectualité.

De l’autre coté, nombreux sont ceux qui se baignent régulièrement dans un lac d’érudition et de savoir, dans un jeu absolutiste d’approfondissement des problématiques. Pour qui l’anarchisme équivaut au maniement de concepts dénués de toute incidence pratique, pour qui la théorie anarchiste équivaut à la pratique de la philosophie telle qu’elle est enseignée sur les bancs des académies, à une relativisation de tout ce que la pensée peut produire, à une sorte de pensée en kit.

Souvent alors, on remplace l’analyse par l’idéologie. Incapable que l’on est à s’imprégner du réel pour le restituer dans ses écrits, une suite de mots clés, que l’on peut plaquer un peu partout suffira à rendre compte de ce qui se joue hors des livres. On ne peut alors que déléguer la mise en pratique des théories à cette autre classe de spécialistes : les activistes. C’est ainsi que deux contraires aux semblants contradictoires s’enrichissent, montrant un peu plus que l’intellectualisme et l’activisme ne sont que les deux faces d’une même pièce.

On pourrait croire qu’un gouffre sépare ces deux tendances à l’autolimitation, pourtant elles ont en commun la même faiblesse, la partialité. L’anarchisme se voit alors réduit à son plus simple appareil, dans un cas comme dans l’autre, celui de la posture. La théorie et l’analyse doivent enrichir les pratiques, elles doivent être un partage constant dans une réciprocité nous préservant de la spécialisation. Elles ne doivent pas être séparées les unes des autres car l’anarchiste est un funambule, il doit savoir naviguer dans les deux eaux sans n’avoir jamais peur de se mouiller.

Un autre assoiffé

[Extrait de Guerre au Paradis N°1, journal anarchiste, téléchargeable ici.]

http://www.non-fides.fr/?La-comprehension-active-en-lieu-et

21/07/2010

Le quart des ministres traîne des casseroles

Publié le 15 juillet 2010 par Jean Marc Manach sur Bug Brother

Une chose est de “surveiller les surveillants“, ce que LeMonde.fr m’a proposé de faire. Une autre est de “surveiller nos gouvernants“, ce que la presse, notamment sur l’internet, essaie de faire avec cette “affaire” Woerth-Bettencourt, aux nombreux rebondissements (et oui, c’est bien de la coke que prend Eric Woerth, à la petite cuillère, sur cette photo issue de son profil Facebook).

En 2007, j’avais lancé un observatoire répertoriant, de manière quasi-encyclopédique, plusieurs dizaines de faits de censure, ou d’auto-censure, imputables à Nicolas Sarkozy.

Aujourd’hui, la question, ce n’est plus la censure (même si l’UMP et le gouvernement tentent de diaboliser l’internet), mais l’impunité, tristement illustrée par la présence de plusieurs Very important dictateurs africains, et autres militaires responsables de graves violations des droits de l’Homme au défilé militaire de ce 14 juillet, comme le déplore la Fédération internationale des droits de l’homme :

Ce ne serait pas le moindre des paradoxes qu’ à l’occasion de la célébration des valeurs de la République, celles-ci soient bafouées par la présence de tortionnaires, dictateurs et autres prédateurs des droits de l’Homme, et qu’en lieu et place de les poursuivre, la France les honore.

Je ne sais si Eric Woerth a enfreint la loi. Je sais par contre que dans d’autres pays, un ministre aurait démissionné pour moins que ça. Problème : il faut sauver le soldat Eric Woerth. C’est même ce pour quoi Alain Joyandet et Christian Blanc ont (été) démissionné(s). S’il n’avait pas été en charge de la réforme des retraites, Eric Woerth aurait en effet peut-être démissionné.

Peut-être… la France ayant ceci de particulier que les scandales qui affectent ses ministres ne débouchent que rarement sur des démissions, contrairement à ce qui se passe dans d’autres démocraties. En attendant, plus d’un quart des membres du gouvernement traîne des casseroles…

“Je veux une République irréprochable“, avait pourtant déclaré Nicolas Sarkozy dans un spot de publicité lors des présidentielles de 2007 :

Le président de la République c’est l’homme de la nation, ce n’est pas l’homme d’un parti, ce n’est pas l’homme d’un clan. Je veux que les nominations soient irréprochables, je veux que le Parlement ait davantage de pouvoir, je veux que les ministres soient moins nombreux, quinze au maximum, et qu’ils rendent des comptes et qu’ils s’engagent sur des résultats. Je veux défendre la Ve République mais je veux changer la pratique de la république : plus de simplicité, plus de proximité, plus d’authenticité. Au fond, je souhaite, si vous me faites confiance, être le président d’une démocratie qui sera exemplaire au regard du monde.


Je veux une République irréprochable

De fait, l’on dénombre à ce jour 20 ministres, et 17 secrétaires d’Etat… mais également plus de 30 scandales impliquant une dizaine de ministres et secrétaires d’Etat qui, dans d’autres pays, auraient potentiellement pu (ou dû) entraîner la démission de ceux qui y sont impliqués (à gauche, le gouvernement, à droite, le même avec ses casseroles) :









De la condamnation de Brice Hortefeux pour injures raciales aux appartements “de fonction” de Christian Estrosi et George Tron en passant par les “affaires” françafricaines de Bernard Kouchner, sans oublier les nombreuses polémiques suscitées par Nicolas Sarkozy lui-même, les casseroles se ramassent à la pelle…

Mais revenons-en au discours de celui qui n’était pas encore président, et qui se voyait comme un “homme de la nation” et pas celui d’un parti ni d’un clan. Thomas Legrand notait a contrario que Nicolas Sarkozy avait lancé la campagne des régionales comme s’il dirigeait l’UMP. Et j’avais par ailleurs découvert, avec des étudiants du CFJ, que de Basile Boli à Isabelle Balkany en passant par Christian Clavier, Jean Reno, Vincent Bolloré ou encore Alain Minc, 28% des invités du dîner du Fouquet’s avaient reçu la légion d’honneur.

Les “nominations irréprochables” ? Voire : on pourrait ainsi rajouter au diaporama des nominations polémiques de L’Express la liste de Challenges des patrons nommés par Nicolas Sarkozy, sans oublier, bien sûr, la tentative de nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’Epad (voir l’opération Touche pas à mon népote ! du collectif Sauvons les riches !)…

Le Parlement a-t-il “davantage de pouvoirs” ? Non : il suffit, par exemple, de voir comment le gouvernement a copieusement enterré en grande pompe une proposition de loi, émanant de députés PS ET UMP, ET adoptée à l’unanimité par la commission des lois de l’Assemblée (présidée par un député UMP), visant à encadrer les fichiers policiers (dont le nombre a explosé de 70% en trois ans, et alors même que le quart des 58 fichiers policiers est hors la loi).

Pour fêter ce 14 juillet, et donc aussi l’abolition des privilèges, j’ai proposé à l’équipe de datajournalistes d’Owni.fr de dresser la carte de ces polémiques, scandales et autres taches dans ce que l’on ne peut plus guère qualifier de “République irréprochable” (voir La République obcène).

L’interface des blogs du Monde ne me permet pas d’afficher en plein cadre la Cène en question, mais vous pouvez glisser l’ascenseur à droite ou encore la visualiser en plein écran en cliquant là :

Nicolas Kayser-Bril, avec qui j’avais déjà réalisé une carte de France des lycées vidéosurveillés, ainsi qu’une application révélant l’existence de milliers d’e-mails piratables sur les sites .gouv.fr, a tiré un Google Doc de ces scandales “qui auraient poussé à la démission des ministres dans d’autres pays“, et qu’il se propose de mettre à jour d’ici 2012. De l’art de surveiller nos gouvernants…

Quant à la photo de tête, elle est bien extraite de l’album qu’Eric Woerth publié sur son profil Facebook à l’occasion de la saisie record de 684 kg de cocaïne à Montpellier.

http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/07/15/le-quart-des-ministres-traine-des-casseroles/#xtor=RSS-32280322

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