16/07/2010

Derrière l’affaire Bettencourt-Woerth

Publié le 16 juillet 2010 par Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot pour DNDF

La richesse dont disposent les dynasties fortunées de la noblesse et de la grande bourgeoisie est certes économique, mais aussi culturelle (on y trouve les grands collectionneurs), sociale (elles s’inscrivent dans de multiples réseaux) et symbolique (qu’incarnent certains patronymes).Cette richesse multiforme permet à ce groupe social d’atteindre au statut de classe sociale. Une classe en soi, avec des niveaux de vie et des modes de vie spécifiques, mais aussi une classe pour soi, chacun étant mobilisé dans la défense de ses intérêts et de ceux de la classe, d’ailleurs indissociables. Cette mobilisation se traduit dans une éducation des futurs héritiers qui ne laisse rien au hasard. La recherche de l’entre-soi démontre un haut niveau de lucidité sur le fonctionnement de la société, allié à un cynisme tranquille. Que ce soit dans les beaux quartiers, à Neuilly ou ailleurs, dans les stations balnéaires chics ou à Megève, dans les lycées ou les clubs sportifs, les cercles ou les conseils d’administration, la cooptation est la règle qui permet de choisir ses relations et assure à chacun la solidarité de tous les autres.

Cet ostracisme social est parfaitement assumé avec l’assurance propre aux dominants, persuadés de leur bon droit ancestral et de la qualité de leurs personnes.
L’entre-soi de tous les instants offre une tranquillité d’esprit qui culmine dans les dîners et les soirées au cercle. Dans cette sociabilité mondaine, la classe subsume la diversité des activités professionnelles, des religions, de tout ce qui pourrait diminuer la force de la classe en jouant de différences secondaires.

Ce sont les diverses formes de richesse et de pouvoir qui, ainsi rassemblées, lui donnent une puissance redoutable, qui affermit la pérennité des mêmes personnes aux sommets de la société. Hommes politiques, industriels ou banquiers, officiers généraux, personnalités des arts et des lettres se sont donné des endroits pour partager leurs savoirs et leurs pouvoirs. Que ce soit dans la piscine du cercle, autour d’une bonne table, au cours d’une partie de chasse ou de golf, cette mise en commun s’effectue dans la discrétion. La sociabilité mondaine est une forme privée et déniée de la mobilisation constante de la classe.

CE QUI JAMAIS N’AURAIT DÛ ÉMERGER

Cet entre-soi et cette mobilisation se manifestent paradoxalement à travers un collectivisme pratique, bien loin de l’individualisme théorique qui va de pair avec le libéralisme économique. La classe laisse apparaître sa profonde unité dans les confrontations électorales. L’homogénéité idéologique et politique est telle que Nicolas Sarkozy a rassemblé, au second tour de l’élection présidentielle, 87 % des voix dans la riche ville de Neuilly.

Le collectivisme pratique de la classe dominante est en œuvre à des échelles très variables. D’un dîner en petit comité à l’ensemble d’une ville. Neuilly en est un exemple : il y a toujours eu un accord tacite entre les habitants et les responsables de la ville pour maintenir ce paradis urbain dans son intégrité à l’ouest des beaux quartiers parisiens, en refusant d’y introduire un minimum de mixité sociale. Ainsi les logements HLM sont très peu nombreux, à peine 3 % des résidences principales, très en dessous du minimum fixé par la loi à 20 %. De plus ces HLM sont occupés par une population assez étonnante, souvent très à l’abri du besoin.

La préservation de l’entre-soi est la condition pour que la classe dominante puisse fonctionner en harmonie avec les lois, dont elle est souvent à l’origine. Conçues pour défendre ses intérêts particuliers, ces lois sont transfigurées par cette aristocratie de l’argent en garantes de l’intérêt général. Mais l’entre-soi ne peut être absolu.

L’affaire Bettencourt-Woerth est le résultat d’une péripétie improbable, née de révélations qui sont le produit d’une crise familiale sur laquelle se sont greffées les indiscrétions d’anciens employés. Il faut bien se faire servir. Mais c’est mettre soi-même le ver dans le fruit. Aussi est-il de la plus haute importance de créer des relations de confiance et de reconnaissance réciproques avec un personnel qui se trouve confronté à une situation où la distance sociale infinie est vécue dans une intimité quasi familiale.

La haute société est un iceberg. Plus on en voit, plus il y en a de caché. L’affaire Bettencourt-Woerth a le mérite de donner à voir ce qui jamais n’aurait dû émerger.

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, sociologues

http://dndf.org/?p=7316&utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=derriere-laffaire-bettencourt-woerth


15/07/2010

Sarkozy, plus c’est gros, plus ça passe (suite…)

Publié le 13 juillet 2010 par Jean-François Couvrat pour Déchiffrages
Les interventions télévisées du Chef de l’Etat se suivent et, décidément, se ressemblent. Lundi soir sur France 2, Nicolas Sarkozy s’est une fois de plus félicité qu’en France, « personne ne paie plus de 50% de ce qu’il a gagné » (en impôts). Et une fois de plus, il a désigné son modèle : « Le bouclier fiscal existe en Allemagne depuis plus de vingt ans »… Il a répété cela avec un aplomb déconcertant. Ignorerait-il encore, tant le sujet lui tient à cœur, que cette disposition fiscale a disparu outre-Rhin depuis 2006, en même temps que l’impôt sur la fortune, auquel elle s’appliquait exclusivement ?

La justification politique du bouclier français pâtit évidemment de cet acharnement à solliciter les faits. « De tous les pays du monde, ajouta le Président, la France est celui qui taxe le plus les contribuables aisés ». C’est difficile à croire, parce que le seul autre pays européen disposant encore d’un bouclier fiscal, le Danemark, met la barre plus haut qu’en France : la somme des impôts sur le revenu et des taxes locales peut y atteindre 59% du revenu.

taux-des-po-en-du-pib.1278984814.pngDe même, la France n’est pas, “avec la Suède, le pays d’Europe où les impôts sont les plus élevés“, comme l’a prétendu Nicolas Sarkozy. En témoigne le graphique ci-contre, où le poids des prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) est rapporté au PIB.

Au demeurant, le « contribuable aisé » n’est pas une définition statistique propice aux comparaisons internationales. En revanche, Mme Liliane Bettencourt est une référence en la matière. Elle verse à l’Etat « plusieurs millions d’euros par mois », s’est écrié le Chef de l’Etat. « 400 millions en dix ans », précisa David Pujadas, citant les avocats de la troisième fortune française.

Un impôt de quelque 40 millions d’euros par an, certes, c’est une somme. Voyons donc à quoi elle se rapporte. La fortune de la dame est estimée par le magazine Challenge à 14 milliards d’euros – au diable les décimales. Et faisons l’hypothèse que ce patrimoine, intelligemment placé, rapporte 5% l’an. C’est une hypothèse très prudente, car le rendement du capital, sur le long terme, est plutôt de 7% à 8%.

Bref, voilà une fortune qui assure à Mme Bettencourt un revenu annuel de 700 millions d’euros. Pour ceux que l’accumulation de zéros déconcerte, disons que cela correspond à plus de deux lotos gagnants par semaine. Ce qui étonne, ce n’est donc pas que la dame paie des impôts, c’est qu’elle en paie aussi peu. 40 millions, rapportés à revenu de 700 millions, cela fait un taux d’imposition de 5,7%.

Il faut donc supposer que Mme Bettencourt a divisé fortune et revenus de celle-ci entre plusieurs bénéficiaires. Le secret fiscal interdit d’en savoir plus – à moins, rare privilège, de relever du même centre des impôts que l’intéressée.

Ce qui est probable, quoi qu’il en soit, c’est que Liliane Bettencourt acquitte un impôt de solidarité sur la fortune (ISF) sans rapport avec sa fortune estimée. La quasi-totalité de celle-ci est investie en actions de l’Oréal, la firme que son père, Eugène Schueller, créa en 1909. Et comme la riche héritière est membre du conseil, d’administration de l’Oréal, ce placement est assimilé à un outil de travail et, à ce titre, exonéré d’ISF.

Le commun des mortels peine en tous cas à admettre que c’est à cette femme, troisième fortune française, que le Trésor public a remis l’an dernier un chèque de 30 millions d’euros au titre du bouclier fiscal. Nicolas Sarkozy, lui , sait pourquoi : « Je souhaite (que Mme Bettencourt) reste propriétaire de l’Oréal et que l’Oréal ne parte pas dans un autre pays ».

Etrange justification du bouclier fiscal. S’il n’existait pas, Mme Bettencourt serait très vivement incitée à conserver ses actions de l’Oréal , car en les cédant, elle perdrait le bénéfice de l’exonération d’ISF sur l’outil de travail. Avec le bouclier fiscal, au contraire, l’impôt de Mme Bettencourt est le même – 50% de ses revenus – que sa fortune soit placée dans l’Oréal ou dans n’importe quoi d’autre.

http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2010/07/13/sarkozy-plus-c%E2%80%99est-gros-plus-ca-passe-suite%E2%80%A6/

15/07/2010

Polemix et La voix Off : Créer, c’est résister ! Résister, c’est créer !

Publié le 14 juillet 2010 par Polemix et La Voix Off

Le dernier montage des maitres de la caricature audio est dispo sur leur site! Comme d'habitude, ça déchire et ça inspire!
C ' e s t - i c i !

15/07/2010

It's the end of the world as we know it and I feel fine

Publié le 1er juillet 2010 par The Stimulator pour Submedia

The Stimulator est un génie de l'émission vidéo en ligne, It's the end of the world as we know it and I feel fine est une bombe! Actif depuis fin 2006, les deux yeux et la bouche qui crachent énormément mettent le feu deux à trois fois par mois, pour notre plus grand plaisir, et désormais également pour le votre!

http://submedia.tv/stimulator/

14/07/2010

Chris Hedges: Zero Point of Systemic Collapse

Publié le 8 février 2010 par Chris Hedge sur AdBusters

We stand on the cusp of one of humanity’s most dangerous moments.

Aleksandr Herzen, speaking a century ago to a group of anarchists about how to overthrow the czar, reminded his listeners that it was not their job to save a dying system but to replace it: “We think we are the doctors. We are the disease.” All resistance must recognize that the body politic and global capitalism are dead. We should stop wasting energy trying to reform or appeal to it. This does not mean the end of resistance, but it does mean very different forms of resistance. It means turning our energies toward building sustainable communities to weather the coming crisis, since we will be unable to survive and resist without a cooperative effort.

These communities, if they retreat into a pure survivalist mode without linking themselves to the concentric circles of the wider community, the state and the planet, will become as morally and spiritually bankrupt as the corporate forces arrayed against us. All infrastructures we build, like the monasteries in the Middle Ages, should seek to keep alive the intellectual and artistic traditions that make a civil society, humanism and the common good possible. Access to parcels of agricultural land will be paramount. We will have to grasp, as the medieval monks did, that we cannot alter the larger culture around us, at least in the short term, but we may be able to retain the moral codes and culture for generations beyond ours. Resistance will be reduced to small, often imperceptible acts of defiance, as those who retained their integrity discovered in the long night of 20th-century fascism and communism.

We stand on the cusp of one of the bleakest periods in human history when the bright lights of a civilization blink out and we will descend for decades, if not centuries, into barbarity. The elites have successfully convinced us that we no longer have the capacity to understand the revealed truths presented before us or to fight back against the chaos caused by economic and environmental catastrophe. As long as the mass of bewildered and frightened people, fed images that permit them to perpetually hallucinate, exist in this state of barbarism, they may periodically strike out with a blind fury against increased state repression, widespread poverty and food shortages. But they will lack the ability and self-confidence to challenge in big and small ways the structures of control. The fantasy of widespread popular revolts and mass movements breaking the hegemony of the corporate state is just that – a fantasy.

My analysis comes close to the analysis of many anarchists. But there is a crucial difference. The anarchists do not understand the nature of violence. They grasp the extent of the rot in our cultural and political institutions, they know they must sever the tentacles of consumerism, but they naïvely believe that it can be countered with physical forms of resistance and acts of violence. There are debates within the anarchist movement – such as those on the destruction of property – but once you start using plastic explosives, innocent people get killed. And when anarchic violence begins to disrupt the mechanisms of governance, the power elite will use these acts, however minor, as an excuse to employ disproportionate and ruthless amounts of force against real and suspected agitators, only fueling the rage of the dispossessed.

I am not a pacifist. I know there are times, and even concede that this may eventually be one of them, when human beings are forced to respond to mounting repression with violence. I was in Sarajevo during the war in Bosnia. We knew precisely what the Serbian forces ringing the city would do to us if they broke through the defenses and trench system around the besieged city. We had the examples of the Drina Valley or the city of Vukovar, where about a third of the Muslim inhabitants had been killed and the rest herded into refugee or displacement camps. There are times when the only choice left is to pick up a weapon to defend your family, neighborhood and city. But those who proved most adept at defending Sarajevo invariably came from the criminal class. When they were not shooting at Serbian soldiers they were looting the apartments of ethnic Serbs in Sarajevo and often executing them, as well as terrorizing their fellow Muslims. When you ingest the poison of violence, even in a just cause, it corrupts, deforms and perverts you. Violence is a drug, indeed it is the most potent narcotic known to humankind. Those most addicted to violence are those who have access to weapons and a penchant for force. And these killers rise to the surface of any armed movement and contaminate it with the intoxicating and seductive power that comes with the ability to destroy. I have seen it in war after war. When you go down that road you end up pitting your monsters against their monsters. And the sensitive, the humane and the gentle, those who have a propensity to nurture and protect life, are marginalized and often killed. The romantic vision of war and violence is as prevalent among anarchists and the hard left as it is in the mainstream culture. Those who resist with force will not defeat the corporate state or sustain the cultural values that must be sustained if we are to have a future worth living. From my many years as a war correspondent in El Salvador, Guatemala, Gaza and Bosnia, I have seen that armed resistance movements are always mutations of the violence that spawned them. I am not naïve enough to think I could have avoided these armed movements had I been a landless Salvadoran or Guatemalan peasant, a Palestinian in Gaza or a Muslim in Sarajevo, but this violent response to repression is and always will be tragic. It must be avoided, although not at the expense of our own survival.

Democracy, a system ideally designed to challenge the status quo, has been corrupted and tamed to slavishly serve the status quo. We have undergone, as John Ralston Saul writes, a coup d’état in slow motion. And the coup is over. They won. We lost. The abject failure of activists to push corporate, industrialized states toward serious environmental reform, to thwart imperial adventurism or to build a humane policy toward the masses of the world’s poor stems from an inability to recognize the new realities of power. The paradigm of power has irrevocably altered and so must the paradigm of resistance alter.

L A - S U I T E

https://www.adbusters.org/magazine/88/chris-hedges.html

14/07/2010

J. Généreux : L'esprit de Munich a envahi les têtes qui nous gouvernent

Publié le 14 mai 2010 par France Info

J. Généreux L'esprit de Munich a envahi les têtes qui nous gouvernent .

Parlons Net, le club de la presse web de France Info reçoit Jacques Généreux. Il est économiste, enseigne à Sciences Po et tient un blog. Il a été membre du Parti Socialiste, s’est opposé au traité constitutionnel européen de 2005 avant de rejoindre le Parti de Gauche fondé par Jean-Luc Mélenchon. Il a été tête de liste aux dernières européennes. Avec Jacques Généreux qui dénonce "l'esprit de Munich" qui a inspiré le sauvetage de l'économie européenne et grecque, on évoque principalement le sauvetage de l’euro qui a fait gagné presque 10 % aux bourses européennes lundi dernier, de la gouvernance économique de l’Europe et de ce qui reste à faire pour renouer avec une croissance qui ne vient pas. Jacques Généreux réagit par ailleurs aux propos d’Alain Minc sur les dépenses de santé des « vieux riches» tenue la semaine dernière dans l’émission.

Pour interroger Jacques Généreux, Romain Gubert du Point.fr, Eric Mettout de l’Express.fr et Emmanuel Levy de Marianne2.fr. L’émission est animée par David Abiker.

http://www.dailymotion.com/video/xday9w_j-genereux-l-esprit-de-munich-a-env_news

14/07/2010

Pas de magazine en juillet...


08/07/2010

Le haras qui rit de Florence Woerth

Publié le 07 juin 2010 par Paul Warguin L'Express.fr

Alors ministre du Budget, Eric Woerth assiste avec sa femme Florence au Prix de l'Arc de Triomphe 2009. Florence Woerth a fondé l'écurie Dam's, où se côtoie le gratin des affaires et du monde hippique. (Reuters)

Gestionnaire avisée, Florence Woerth a aussi créé une écurie hippique, où se côtoie le gratin des courses et des affaires. Un petit monde ravi de la politique de Bercy en matière de défiscalisation ou de paris en ligne...


Nous sommes le 28 octobre 2008, à Neuilly-sur-Seine, dans les bureaux de Clymène, la société en charge de gérer la fortune de Liliane Bettencourt, héritière de L'Oréal. Florence Woerth, alors directrice des investissements de Clymène, tient une assemblée générale extraordinaire. Non pour le compte de sa richissime patronne, mais pour ses affaires personnelles, où flotte un parfum de courses hippiques et de défiscalisation.

Autour de la table sont en effet réunis les actionnaires d'Ecurie Dam's, une société créée par l'épouse d'Eric Woerth en mai 2008. Son objet? Acheter, élever et faire concourir des chevaux de courses. Ses propriétaires? Exclusivement des femmes, et non des moindres.

Mariée au maire de Chantilly, Florence Woerth a fondé sa petite entreprise en compagnie de quatre égéries du luxe et du hippisme: Nathalie Bélinguier, épouse de Bertrand Bélinguier, P-dg du PMU jusqu'en avril 2009; Réjane Lacoste, à la ville Mme Michel Lacoste, le président du célèbre groupe au crocodile; Dominique Ades-Hazan, qui dirige, avec son mari, un groupe de prêt-à-porter haut-de-gamme; enfin Nicole Seroul, femme de Jean-Claude Seroul, président d'honneur du syndicat des propriétaires de chevaux de courses au galop.

Protocole bien réglé

A partir de ce quintet gagnant, l'écurie ne va cesser de s'agrandir. Et justement l'assemblée qui "squatte" les locaux de Liliane Bettencourt, en ce mois d'octobre 2008, doit entériner l'arrivée de nouvelles et influentes figures. Entre autres Caroline Guerrand-Hermès, héritière du groupe Hermès -où Florence Woerth siège désormais au conseil de surveillance; Agnès Touraine, ancienne dirigeante du groupe Lagardère, puis de Havas et enfin de Vivendi Universal, sous le règne de Jean-Marie Messier; Emmanuelle Bour-Poitrinal, première directrice générale des Haras nationaux et soeur du P-dg d'Unibail Rodamco, leader européen de l'immobilier commercial. Ou encore, côté people, Françoise Boulain, la réalisatrice de télévision, épouse de Thierry Roland, commentateur de foot et turfiste émérite.

Cette première vague sera suivie d'une deuxième, tout aussi sélect, le 11 juin 2009, à l'issue d'une nouvelle assemblée générale. Avec notamment Marie-Caroline Giral, fille de Jean-Louis Giral, figure du patronat du BTP français et ex-élu RPR. Ou encore Françoise Kron, épouse de Patrick Kron, le P-dg d'Alstom, invité au Fouquet's à célébrer la victoire présidentielle, le 6 mai 2007.

Chez Dam's, le protocole est bien réglé. Chaque nouvelle arrivante acquiert une ou plusieurs parts de l'écurie, à 7500 euros la part. Constituée initialement de 5 parts, pour un capital de 37 500 euros, l'écurie Dam's en compte aujourd'hui 48, pour un capital de 360 000 euros, et une trentaine d'actionnaires. Comment expliquer un tel pouvoir d'attraction, cette concentration inédite de VIP, où tout est luxe, CAC 40 et tiercé? La passion des chevaux? Sans doute.

Et peut-être, aussi, le goût de la défiscalisation. Florence Woerth est une gérante de patrimoine avertie. Elle a créé l'Ecurie Dam's quelques mois après la promulgation du premier grand oeuvre de Nicolas Sarkozy: la loi "TEPA" (Travail Emploi et Pouvoir d'Achat). Présenté comme un soutien à "la France qui se lève tôt le matin", le texte instaure le bouclier fiscal à 50% et, parmi d'autres dispositions, crée un avantage de taille pour les contribuables assujettis à l'ISF.

Une écurie est-elle une PME?

Ceux-ci obtiennent la possibilité de déduire de l'impôt sur la fortune 75% de leurs investissements directs dans des PME, à concurrence de 50 000 euros. Initialement, il s'agissait de stimuler le tissu industriel et la création d'emplois. Mais les "pros" de l'optimisation fiscale ont eu tôt fait de s'engouffrer dans la niche, en élaborant des placements sans risque ou presque, et n'ayant qu'un lointain rapport avec la notion de PME. "A l'époque, en juillet 2007, j'avais déjà mis en garde sur les risques d'abus, ce qui n'a pas manqué de se produire", soupire le député UMP Gilles Carrez, rapporteur général de la commission des finances, le 10 décembre 2008 à l'Assemblée nationale.

Ce jour-là, l'élu du Val-de-Marne soutient un amendement du groupe UMP, visant à réduire la portée de certains montages, effectués via des holdings, et jugés peu conformes à l'esprit comme à la lettre de la loi TEPA. Eric Woerth, alors ministre du Budget, monte au créneau, et s'oppose aux députés de son propre camp, quelque peu interloqués. "Je répète que le gouvernement ne souhaite pas que l'on resserre le dispositif permettant d'investir l'ISF dans les PME. Celui-ci doit au contraire être étendu à n'importe quel instrument juridique dès lors qu'il n'existe pas d'abus. S'il y en a, il faut les combattre, et non limiter le dispositif", explique-t-il.

Mais le ministre, dont le cabinet n'a pas répondu à nos questions, ne se prononce pas sur le bien-fondé de cette innovation des gérants de patrimoine: assimiler une écurie de groupe -réunissant plusieurs actionnaires- à une PME, afin de pouvoir profiter du rabais d'ISF. Parmi les plus en pointe sur ce créneau: une filiale du groupe Banque Populaire Caisse d'Epargne (BPCE), la Banque Privée 1818, spécialisée dans la gestion de fortune. Là où travaillait Florence Woerth jusqu'à son entrée chez Clymène, à l'été 2007. "Des écuries de groupe, gérées comme des petites entreprises, permettent de rentrer dans le monde des courses hippiques tout en réalisant une bonne opération financière", indique la banque 1818 dans sa communication. Et un peu plus loin: "Avec des champs aussi prestigieux dans le monde entier que Chantilly, première ville du cheval en France, ou Longchamp, il n'y a pas plus ludique pour voir courir son capital!"

Autre ardent promoteur du capital qui court: France Galop, la société qui organise toutes les grandes courses de plat et d'obstacle en France, et détient avec Cheval Français (son homologue pour le trot) près de 70 % du PMU. Florence Woerth a longtemps siégé chez France Galop, et plusieurs actionnaires de son écurie, ou leur famille proche, y occupent aujourd'hui une place en vue. A ces passionnés du cheval, France Galop assure une promotion appuyée: "DAM's, c'est une façon originale et trendy d'élargir un réseau d'influence féminin de manière agréable et conviviale."

"Hobby et placement"

Sans oublier de vanter les mérites financiers de ce type d'écurie. Ainsi dans l'Agefi, le 21 décembre 2007: "France Galop veut rendre plus accessible l'investissement dans un cheval de course par l'achat de parts dans les écuries. Le conseiller peut ainsi proposer à son client d'allier au plaisir une espérance de gain à risque amoindri."

Et des conseillers, fiscaux et financiers, il n'en manque pas chez Dam's. Parmi les derniers entrants se trouve notamment Mathilde de Cheffontaines-Decaudaveine, membre de l'UMP, secrétaire générale de l'Association des gérants de patrimoine privé, auteur d'un prémonitoire rapport, en 2007: "Les chevaux de course, hobby et placement."

Au-delà de l'attrait fiscal, l'écurie DAM's, comme la liste des invités du Fouquet's, présente une saisissante convergence d'intérêts financiers. Prenons la loi sur les jeux d'argent et les paris sportifs en ligne, dont Eric Woerth, en tant que ministre du Budget, a été le principal architecte et promoteur. France Galop et sa filiale, le PMU, se déclarent enchantés de son travail. "Le projet de loi est extrêmement positif et très favorable à l'institution des courses", rappelait Edouard de Rothschild, le président de de France Galop, dès le 30 mars 2009.

Un homme au coeur du système

Il est vrai que Bercy n'a pas lésiné sur les compensations accordées à la filière hippique. Le PMU a obtenu la permission de diversifier ses activités en proposant des paris sportifs en ligne; la taxe sur les paris en dur (la version papier) a été abaissée de 11,5% à 7,5%, soit un cadeau annuel, pour le PMU, estimé à une grosse centaine de millions d'euros - et autant de moins dans les caisses publiques; les opérateurs de paris hippiques en ligne devront verser aux organisateurs des courses, France Galop et Cheval Français (pour le trot), une redevance comprise entre 7,5% et 9% du montant des paris récoltés; le taux de retour aux parieurs est plafonné à 85% de leur mise, ce qui limite la concurrence et assure une marge encore plus confortable au PMU.

Enfin le gouvernement s'est apparemment engagé à maintenir le monopole du PMU sur le réseau en dur, les bons vieux bars PMU. "Il faut savoir que, dans la phase en amont de ce projet de loi, la fin du monopole du PMU a été négociée par la filière hippique, notamment par le président de France Galop, avec la contrepartie que le PMU puisse prendre des paris sportifs (...) Et aujourd'hui, comme on me l'a confirmé récemment à Bercy, les Etats sont plus déterminés que jamais à ne pas ouvrir le réseau en dur", confie Hubert Monzat, le directeur général de France Galop, dans une interview à Paris Turf, le 14 février 2010.

Celui-ci est particulièrement bien placé pour obtenir des assurances de Bercy et d'Eric Woerth, avec qui il a longuement travaillé. Sous-préfet de Senlis, entre 1999 et 2002, Hubert Monzat avait mobilisé les financements du prince Karim Aga Khan IV, propriétaire d'une prestigieuse écurie de chevaux, pour la rénovation de l'hippodrome et du château de Chantilly, ville dont Eric Woerth est le maire depuis 1995. Ensuite, en juin 2007, Hubert Monzat a été recruté par Eric Woerth au ministère du Budget, avec le titre de conseiller spécial, et la mission de préparer la loi sur les jeux d'argent et les paris sportifs en ligne...

Le PMU, grand gagnant

Ayant contribué à une loi très favorable à France Galop - de l'avis de son propre président, Edouard de Rotshchild, Hubert Monzat a ensuite été nommé, en juin 2008, directeur général de cette même société. "Rien à voir avec son rôle au ministère du Budget, même si son expérience de l'ouverture du marché des paris en ligne a pu constituer un plus. Mais la raison première, c'est que M. Monzat est un très fin connaisseur du monde hippique. Du reste, nous lui avions proposé le poste deux fois déjà, en 2002 et 2007", précise-t-on chez France Galop. Quoi qu'il en soit, la promotion d'Hubert Monzat a été rendue possible par la démission, quelques jours plus tôt, de son prédécesseur, Emmanuelle Bour-Poitrinal. Laquelle est ensuite devenue actionnaire de l'écurie Dam's de Florence Woerth.

Autre grand gagnant de la loi sur les paris en ligne: le PMU, filiale de France Galop. Avec, ici encore, des connexions entre la tête de l'entreprise et l'écurie de Florence Woerth. L'une des co-fondatrices et co-actionnaires de Dam's est en effet Nathalie Bélinguier, épouse de Bertrand Bélinguier, p-dg du PMU jusqu'en avril 2009. Celui-ci vient de prendre la présidence de la toute nouvelle Fédération française des entreprises de jeux en ligne (FFEJEL), chargée de veiller aux intérêts de ses membres, notamment en incitant les pouvoirs publics à lutter contre la concurrence indésirable.

La FFEJEL réunit La Française des Jeux, le PMU, ainsi qu'EurosportBet, filiale du groupe de Martin Bouygues, et les casinos Lucien Barrière, présidés par Dominique Desseigne, patron du Fouquet's. Ils devraient être bientôt rejoints par Betclic, appartenant à Stéphane Courbit, avec Alain Minc pour actionnaire de référence; et par PokerStars, dirigé en France par Alexandre Balkany, fils du député Patrick Balkany. Autant de cracks qui, sur le champ des affaires, portent les couleurs du sarkozysme.

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-haras-qui-rit-de-florence-woerth_904667.html

 
CAMARADES